Agen. Emmanuel Eyssalet esseulé

Emmanuel Eyssalet n’a pas convaincu les électeurs. Il siégera au conseil municipal «car on ne doit pas pratiquer la politique de la chaise vide». Le PS doit reconstruire, aussi.

La scène vaut pour un résumé exhaustif et simpliste de l
a campagne. Samedi, à la veille du premier et dernier tour de scrutin pour sa liste «Demain Ensemble», Emmanuel Eyssalet a tenu la permanence de la rue Garonne. L’une avait danse, l’autre sans doute piscine. La tête de liste avait déjà prévenu ses troupes : le maire sortant risquait de l’emporter dès le lendemain. La probabilité s’est vérifiée. De la vague Dionis, Emmanuel Eyssalet sort trempé, l’addition est salée. Loin, loin derrière le candidat UDI-UMP-Modem, rompu à l’exercice et lui-même surpris dimanche de sa victoire express. En 2008, face à Alain Veyret, le bras de fer avait duré jusqu’au second tour.

Que s’est-il passé entre l’automne et le 23 mars ?

Emmanuel Eyssalet l’explique lui-même : «Une situation interne au PS agenais très délicate». Au PS 47 comme à Agen. Candidat socialiste à la tête d’une liste mêlant aussi communistes et adhérents du PRG, Emmanuel Eyssalet n’a pas fait le plein des adhésions dès le mois de novembre, au moment de sa désignation. La faute à une primaire fratricide avec Patricia Henry. La rancœur. Il manquait des visages socialistes connus dans l’agglo agenaise à son meeting au Stadium.

Était-il le bon candidat face à Jean Dionis en 2014 ?

À la seule vue des chiffres, non. Il faut remonter à 2012, au moment de la primaire pour les élections législatives. Emmanuel Eyssalet fait campagne pour le dissident Alain Veyret, dont il revendique la ligne de pensée. Problème, Lucette Lousteau est désignée candidate, et l’emporte. À partir de ce moment de la vie interne au PS 47, tout devient compliqué. Eyssalet isolé encore : il faut attendre le meeting de jeudi 20 mars pour apercevoir un représentant de la députée dans les rangs. Partir avec une partie seulement du Parti socialiste derrière, sans l’appui manifeste de la parlementaire d’Agen-Nérac en appui rend sa précampagne encore plus compliquée. «Je n’étais pas connu, pas lisible. Je le suis plus aujourd’hui».

Était-il assez bien entouré ?

Oui, jusqu’à la présentation de sa liste. Ensuite,
il a pu compter sur une poignée de fidèles, sur les jeunes pousses du PS aussi. «On avait un choix à faire. Soit on mettait en avant l’équipe, soit je fonctionnais en binôme, soit j’y allais tout seul. C’est cette dernière option que l’on a choisie car je n’étais pas connu, je le répète. Mais on s’est réellement posé la question (…) Sandrine Laffore a fait un travail remarquable sur le programme (…) Je n’ai aucun regret sur la constitution de la liste de mon côté.» Différence majeure toutefois, à quelques exceptions près, tous les colistiers de Jean Dionis ont pris l’air pendant la campagne.

Emmanuel Eyssalet a-t-il bénéficié de tous les soutiens ?

Il dit oui. «Matthias (Fekl, secrétaire fédéral du PS 47), et Pierre Camani ont fait du boulot derrière.» Pourquoi ne pas le croire, même s’il dit aussi que «les enjeux pour le Parti socialiste ont été définis à Marmande et à Villeneuve.» Avec trois listes à gauche (deux en 2008), la tâche d’un candidat PS était plus délicate. «La situation locale est compliquée avec l’augmentation de la précarité, du taux de chômage… On nous avait prédit une sanction du gouvernement, c’est fait.»

Qu’entend-il faire pendant six ans ?

Avec le Front de gauche Jean-Philippe Maillos, «même s’il a lancé un appel à déchirer sa carte du PS, on peut regarder les choses plus finement.» Il n’entend pas abandonner un navire qui a pris l’eau. «Plus que jamais je reste, d’autant que le conseil municipal possède désormais trois conseillers municipaux Front national». Question subsidiaire : comment reconstruire un PS qui porte les stigmates d’une crucifixion publique à Agen comme ici ou là ? «Il fallait tourner la page. Des jeunes ont émergé. On les reverra, vous les reverrez dans les prochaines années.

Stéphane Bersauter

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