Emmanuel Eyssalet contre le reste du monde

Véritable entrée en matière pour les conseillers municipaux de la ville d’Agen, avec une session qui a donné lieu à de vrais échanges contradictoires…

Hier soir s’est tenu, sous le regard figé des Illustres agenais, le débat sur les orientations budgétaires. Aucune décision n’était soumise au vote, mais ce conseil a mine de rien lancé l’ère Dionis 2. Le maire et son équipe ont en effet défendu un cap – assez clair et en accord avec la conjoncture globale de restriction de dépenses publiques – et la gauche s’est opposée et a défendu une ligne politique voulant que l’on ne touche pas, par exemple, aux frais de personnels communaux.

Sans être dogmatiques, les positions sont argumentées, les débats à fleurets mouchetés, et du côté du PS Emmannuel Eyssalet s’est désormais imposé comme le contradicteur n.1. Il est le seul hier (du moins avant notre départ de la salle des Illustres) à s’être opposé à Jean Dionis sur le fond, et à répondre à la «garde rapprochée» du maire, ces fines gâchettes que sont Pierre Chollet, Bernard Lusset ou encore Nadège Lauzzana.

Seul (dernière posture sacrificielle de cette campagne municipale ratée ?) Emmanuel Eyssalet est monté au front, et il a – tout à fait objectivement – mérité ses galons d’opposant en chef.

Tout n’avait pourtant pas si bien démarré pour lui. Ouvrant les débats, Jean Dionis s’est voulu historique, promettant (en ces heures de crise) tout son programme et rien que son programme, comme d’autres (socialistes) promettaient jadis de faire «la guerre et rien que la guerre».

N’est pas Clémenceau qui veut

Mais n’est pas Clémenceau qui veut, s’est juré Emmanuel Eyssalet. À l’opposant d’attaquer alors en piqué la stratégie de Jean Dionis pour les années à venir, et voulant que (face aux réductions des aides publiques), Agen se fasse plus économe dans ses dépenses de fonctionnement, pour contrebalancer la stabilité fiscale, ce sans obérer sa capacité à investir.

Contorsionnisme

«Diagnostic cataclysmique», «coupes dans les dépenses publiques», «politique de bouc émissaire», «purge», «dégraissage des services municipaux»… M. Eyssalet a lu comme un automate ses réflexions, et a donc ensuite logiquement essuyé une contre-attaque cinglante du maire et de ses amis.

Notant «l’amertume électorale» et les «sottises» du socialiste, Bernard Lusset a déclaré que «les débats dans cette enceinte méritaient mieux que cela», s’amusant du spectacle de «contorsionniste» : celui d’un Emmanuel Eyssalet critiquant les réductions des dépenses publiques agenaises, et d’un Eyssalet Emmanuel applaudissant les réductions des dépenses publiques françaises par le gouvernement socialiste…

Renvoyé dans les cordes, le socialiste agenais ne s’est pas démonté, reconnaissant toutefois que le choix de l’équipe Dionis de maintenir une pression fiscale stable était une «nécessité». Après Clémenceau, c’est donc l’union sacrée sur les taxes et autres redevances… «Ne pas toucher aux impôts, c’est à la portée de tout apprenti en vie locale, a lâché Jean Dionis. Mais je ne dis pas ça pour vous bien sûr…» Une précision qui s’imposait, bien sûr…

Face à la stratégie portée par les électeurs, Emmanuel Eysallet a maintenu sa différence : oui au statu quo fiscal, mais non à la baisse des dépenses de fonctionnement et donc oui à la baisse du niveau des investissements.

Silence coupable

«C’est votre choix, c’est votre ligne, a commenté Jean Dionis. Mais nous, nous voulons rester aménageurs, souverains. Vous voulez couper dans les investissements, mais votre politique c’est celle de l’époque Veyret !»

Que retenir, sinon que la municipalité veut réduire la voilure des dépenses (par exemple en mutualisant administrations communales et intercommunales) ; sinon que M. Eyssalet se positionne comme l’empêcheur de voter en rond et que ce mandat augure de belles joutes entre des protagonistes qui honorent la parole publique.

Une attitude courageuse, une confrontation d’idées totalement étrangère au silence sidéral dont a fait preuve le FN durant ce débat pourtant essentiel pour l’avenir d’Agen. Ses élus se sont abstenus dans ce débat qui n’était pas – en effet – le leur.

Sébastien Bouchereau

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