Le TAG, ce projet phare ou pharaonique. C’est selon…

Alors il y a ces projets, pour lesquels les élus fondent  tant d’espoir sur les retombées économiques, de la forme la plus simple, celle de la mise à disposition de foncier, celle dont on parle aujourd’hui et à celles aux formes plus complexes et plus rares : les vrais Technopoles.

Joseph interprète le rêve de pharaon. Peinture contemporaine d'Anne de Vries, Pays-Bas.

Joseph interprète le rêve de pharaon.
Peinture contemporaine d’Anne de Vries, Pays-Bas.

Il y a en la matière des échecs plus ou moins coûteux pour les collectivités, mais aussi de vrais succès.

Nous avons cette chance dans l’Agenais d’avoir la seule Technopole née en milieu rural sur les 45 technopoles labellisées par le Réseau Français des Technopoles : je parle de l’Agropole.

L’EVALUATION DU CONTRAT DE DÉLÉGATION DE SERVICE PUBLIC de l’Agropole a été présenté début 2014.

Il permet de dresser son bilan est de connaitre les objectifs des 10 prochaines années.

Tout d’abord, c’est la création de 2 230 emplois (dont 1 800 CDI) en 25 ans.

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Aujourd’hui les orientations données à l’Agropole sont connues, je n’en retiens qu’une :

Remplir les 28 hectares de réserves foncières supplémentaires qui s’ajoutent aux 32 hectares précédents.  Je cite : «  Il sera donné à l’exploitant un objectif d’optimisation économique du site : commercialisation de la surface cessible… ». La concurrence s’annonce sévère sur les prix de vente au m2 dans les prochaines années…

L’Agropole est, aujourd’hui, un succès reconnu et salué unanimement.

Et c’est de bon augure, lorsque l’on sait que la future grande région sera la région européenne qui disposera de la plus grande surface agricole.


Pour autant,  je voudrais vous rappelez qu’entre l’Agropole et la TAG,  il y eu d’autres tentatives.

Souvenez-vous du projet du CG, en  2000. On nous expliquait que  «  le marché de la sécurité était en plein essor, puisqu’il totalisait en 1998 un chiffre d’affaires de 59 milliards de francs et progressait de 4 à 5 % par an. »

On s’interrogeait sur la place que pouvait prendre Agen dans ce domaine avec l’ENAP et l’éventuel pôle de prévention de la délinquance auprès du Préfet.

Et, comme toujours, la position géographique d’Agen, située au cœur d’un territoire où il existe plusieurs autres organismes de formation : Ecole nationale de la magistrature (ENM) à Bordeaux, les écoles de police de Périgueux et Toulouse, les écoles de gendarmerie de Saint-Astier et d’Auch, les universités de Bordeaux, Toulouse et Pau.

Donc, en 2000 est lancée une étude de faisabilité d’un « Sécuripôle », pôle spécialisé dans les industries et services de la sécurité. La Communauté d’Agglomération d’Agen participera au financement.

En 2003  » Sécuripôle sort du virtuel  » – LaDépêche

En 2004, le Sécuripôle, ce concept local de zone d’activités spécialisée dans la sécurité, entre en phase opérationnelle au moment où la sécurité occupe une place grandissante dans les politiques publiques et les préoccupations des Français.

Ecoutez bien : « des entreprises ont commencé à acquérir des terrains. Il faut maintenant créer les dessertes de cette zone. »

«  Sécuripôle : les fonds Feder effraient  » – LaDépêche

On imagine alors un hôtel d’entreprises destiné à l’hébergement d’environ 45 entreprises.

Il s’adresse aux P.M.E.– P.M.I. et aux groupes de sécurité français ou étrangers à forte croissance, innovants, créatifs et déployés sur les créneaux prioritaires que les études précédentes ont permis de retenir.

Le Planning

En 2005, démarrage des travaux et livraison de la 1ère tranche, suivie de la  2ème tranche.

En  2006, le comité syndical du Sécuripôle a décidé d’engager l’étude de faisabilité d’un

Centre interrégional de formation à la sécurité économique CIFSE.

Le sécuripôle a toujours son magnifique et très sécurisé site www.securipole.net

Spol

En  2007, le comité de labellisation du Pôle de compétitivité Aerospace Valley a labellisé le futur centre de formation. LaDépêche.fr

On recrute alors un chef de projet pour faire la promotion et la pré-commercialisation des formations.

En 2008, toute une liste d’éléments confirme l’intérêt de lancer très rapidement ce centre de formation en Lot-et-Garonne.

Mars 2009

  •  Faute de subventions européennes le projet d’hôtel d’entreprises a été stoppé.
  •  Les opportunités de commercialisation de la ZAC de Trenque sur le thème unique de la sécurité économique ont été rares.
  •  La dissolution de la structure a été décidée.

Le Sécuripôle rejoint le cimetière des projets mal ficelés.

Quelle n’a pas été notre surprise de voir surgir son fantôme lors des élections départementales de mars dernier.

Bref, le Sécuripôle à peine enterré, c’est votre projet de Technopole qui est retenu en 2009.

Je parle évidemment du Technopole de Donnefort.Tdon

Véritable aubaine pour les investisseurs, 10ha en plein centre ville d’Agen, dédiés à l’éco-conception, un village d’artisans et même un éco quartier… Bref, si on voulait investir à l’époque c’était là et nul par ailleurs, à en croire le petit film promotionnel toujours disponible sur le site de l’Agglo.

Mais, aujourd’hui rien : point de Technopole ; juste, demain, une maison de retraire privée financée en partie par la défiscalisation. Et il restera un coût financier pour l’Agglo que les anciens élus, du mandat précédent, ne sont pas prêts d’oublier.

Bref, en termes de réussite de conduite de projet on a connu plus glorieux

Votre bilan, en termes de résultats économiques, se fait attendre et il ne vous reste plus que deux ans pour faire vos preuves, notamment avec le projet de la ZAE.


Ce projet phare, ou pharaonique c’est selon, comporte la ZAE proprement dite, d’un périmètre de 215 hectares avec 150 hectares cessibles à l’horizon 2034 et un ensemble d’infrastructures connexes.

Bilan des surfaces

Bilan des surfaces – Doc Agglomération d’Agen

La seule dépense pour l’aménagement de la ZAE est estimée, à l’horizon 2034, à 63 millions d’euros, soit un déficit de 13 millions d’euros dont 10 millions d’euros de frais financiers et ce, dans le cas de la vente de la totalité des surfaces cessibles.

Mais à l’horizon 2021, 41 millions d’euros auront été dépensés, les recettes espérées de 15 millions d’euros, soit un déficit de 25 millions d’euros.

Bilan selon hypothèses aménagement et commercialisation Mai 2013

Bilan selon hypothèses aménagement et commercialisation – Doc Agglomération d’Agen

Vous affirmez que le déficit de la ZAE sera porté de manière égale par l’Agglo, le Conseil départemental et la Région.

Aujourd’hui il n’y a aucune volonté de la part de ces deux dernières collectivités de porter un tel déficit. Par conséquent, quelles seront les conséquences sur la capacité de l’Agglomération pour continuer à investir sur la prochaine décennie si elle porte seule se déficit ?

Vous aurez donc compris que l’absence de partenaires pour porter le déficit de la ZAE à hauteur de 25 M€ et l’hypothèse, très optimiste mais fragile, de cession des 46 hectares de la ZAE (tant sur le rythme que sur le prix de vente espéré au m2) à l’horizon 2021 sont autant de points qui augmentent mes inquiétudes par rapport à l’avenir financier de notre Agglomération, de son développement, ainsi que celui de nos communes.

Pour rappel, l’ensemble des priorités du PPI s’élevait à 134 millions d’euros pour la période 2014-2019. Force est de constater que, dans le Budget 2015 voté en avril (2 votes contre et 17 abstentions), la Priorité 3 (celle qui soutien les projets communaux) est devenue la variable d’ajustement du Budget. L’enveloppe a quasiment été réduite de moitié.

Chers collègue, quelles conséquences cette décision aura-t-elle sur la réalisation de vos projets de mandat ?

 Et en 2020, toujours à propos du Budget 2015, l’épargne de l’Agglomération suffira-t-elle à rembourser la dette ? Vous m’avez déjà répondu sur ce point M le Président, vous m’avez répondu : « c’est vrai, mais vous n’aurez plus besoin de rien, vous aurez tout !  La zone, la rocade, le pont… »

N’y a-t-il pas danger avec un montant d’investissements aussi important, sur cette période aussi courte, que nous risquions de mettre bien des années pour nous relever ?

Dans un contexte financier contraint pour les communes, et sans précédent, mes interrogations et mes inquiétudes sont nombreuses.

Je souhaite que l’Agglomération reste le partenaire majeur pour soutenir les investissements qui font : la vie de vos communes et qui contribuent au développement harmonieux de notre territoire.

Ces orientations actuelles, réduisent sa capacité à soutenir les investissements des communes.

Vous serez donc contraints, mes chers collègues, de faire des choix cruciaux : vous tourner vers les contribuables, augmenter vos tarifs et redevances, et/ou diminuer le périmètre de vos services. 

Enfin, pour conclure, je comprends l’avis concernant « l’utilité public » de la ZAE émis par le commissaire enquêteur. Mais le commissaire n’a pas la responsabilité de démontrer l’opportunité conjoncturelle ni même de faire la preuve de la faisabilité du projet.

Au nom du principe de précaution, « l’intérêt général» ne me semble pas avéré, et je ne souhaite pas engager d’avantage l’agglomération dans ce projet, en l’état.

 Pour répondre à l’accueil d’entreprises qui souhaiteraient investir chez nous,  de nombreux hectares sont encore disponibles sur l’Agenais.

 Pour moi, le coût de tous ces investissements massifs et rapides, ainsi que les zones d’ombres concernant l’évolution du montant du déficit et de son portage, font porter à notre Agglomération le risque de se détourner durablement du chemin vers la prospérité.

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